Trouver son chemin: ce à quoi les femmes enseignantes aspirent dans le Nord du Pakistan
Trouver son chemin: ce à quoi les femmes enseignantes aspirent dans le Nord du Pakistan
Les femmes qui enseignent dans le Nord du Pakistan sont confrontées à des obstacles culturels considérables. Une recherche menée par l’Université Aga Khan analyse les expériences que vivent les femmes qui tentent de construire leur carrière enseignante au sein d’une société patriarcale et la façon dont elles trouvent un équilibre entre leurs différents engagements.
Après l’indépendance en 1947, on considérait quel’éducation des filles était essentielle pour qu’elles apprennent leursresponsabilités familiales et pour les préparer aux professionstraditionnellement féminines, comme l’enseignement. Cependant, la Politiqued’Education Nationale (1998–2010) met aujourd’hui en avant l’éducation comme undroit égal pour les garçons et les filles.
Parmi les initiatives mises en place pour faire augmenterla participation des filles à l’école, l’on note le recrutement de plus defemmes enseignantes entre 1990 et 2000. Ainsi la proportion des filles estpassée de 33,4 pour cent à 44,2 pour cent dans l’enseignement primaire et de 32pour cent à 54,3 pour cent dans l’enseignement secondaire. Si l’augmentation dela participation des filles au secondaire est due au recrutement de plus defemmes enseignantes dans des établissements réservés aux filles uniquement, onpeut attribuer cette croissance dans l’enseignement primaire au développementd’écoles mixtes. Les statistiques gouvernementales actuelles montrent qu’entre2005 et 2006 les femmes représentent sur le plan national 36 pour cent desenseignants dans les écoles publiques. Les statistiques régionales restentquant à elles moins élevées, avec 28 pour cent dans les régions du Nord.
Dans les régions du Nord, l’enseignement est reconnucomme l’opportunité d’emploi la plus adéquate en dehors du travail agricolepour les femmes, et ce pour différentes raisons:
- Les femmes sont en général affectées dans les écoles de leur proprecommunauté, de façon à réduire les occasions d’interagir avec des hommesqui ne sont pas des parents.
- Les journées courtes d’école permettent aux femmes de prendre encharge leurs responsabilités domestiques, comme l’agriculture et l’élevagedu bétail, tôt le matin et l’après-midi.
- On considère l’enseignement, surtout au primaire et au premier cycledu secondaire, comme une activité qui est en accord avec le rôle familialet nourricier des femmes.
L’enquête montre qu’il existe des tensions entreengagements familiaux d’une part et les aspirations professionnelles d’autrepart. Les femmes choisissent en général l’enseignement parce que les exigencesde cette profession se concilient plus facilement avec leurs devoirs familiaux.Cependant, ce sont souvent des membres de la famille qui sont réticents auxtentatives de développement professionnel des femmes et qui les empêchent detravailler en dehors de la maison.
Certaines femmes réussissent à négocier un rôle double,en versant par exemple une partie de leur salaire dans la caisse commune dufoyer, réduisant ainsi leur dépendance au bétail domestique, ou en profitantdes week-ends pour accomplir des tâches agricoles plus onéreuses.
Il est également difficile pour les femmes de jouer unrôle de leader au sein des écoles. Les défis professionnels qu’elles doiventrelever sont nombreux, parmi eux:
- Lieu de travail et structures organisationnelles défavorables à leurprésence. Par exemple: résistance au leadership féminin, absence destructures d’accueil pour les enfants et de moyens de transports.
- Pratiques de leadership scolaire à dominance «masculines».
- Bureaux d’éducation régionaux situés trop loin des écoles pour que lesfemmes puissent s’y rendre facilement.
- Réunions du conseil de direction qui se tiennent le week-end.
La formation des enseignants et les cours de leadershipet de gestion scolaire ne peuvent pas, à eux seuls, assurer une participationpleine des femmes enseignantes à la vie scolaire. Il faut mettre en place desstratégies pour soutenir les femmes à différents niveaux. Par exemple:
- La direction de l’école doit être préparée à sensibiliser les famillesdes femmes enseignantes sur l’importance et la valeur du développement dela carrière de ces dernières.
- Les réunions scolaires et les activités de formation devraient sedérouler dans des lieux accessibles physiquement et culturellement.
- Il faut établir des réseaux de femmes enseignantes et directricesd’école pour les encourager à créer des liens avec leurs collègues dansles communautés avoisinantes.
- Les programmes gouvernementaux de formation des enseignants doiventaménager du temps et de l’espace pour que les enseignants hommes et femmesréfléchissent à leurs expériences et les fassent partager.
- Les cours en gestion de l’éducation doivent inclure une composante desensibilisation au genre.

